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louis gasse et sainte papinchronique




les guerres de religion 

dans le Maine





    La plus grande part des informations ci dessous est issue du dictionnaire de Julien Pesche et des articles de la revue historique et archéologique du Maine .Elles concernent essentiellement les villes du Mans, de Sablé, Mamers et Beaumont sur Sarthe. La région d'Ecommoy ne se trouvant qu'à une dizaine de kilometres au sud est du Mans on peut supposer que les troubles mentionnés dans cette ville l'ont trés probablement affectée. Des mémoires pour plainte au roi donnent les détails de nombreux assassinats d' huguenots par les catholiques, violences perpétuées essentiellement sur des  seigneurs ruraux ou des bourgeois . Le reste de la population  semble  plutôt subir la situation de guerre civile, suivant soit leur curé soit le parti de leur seigneur.
   A l'époque Ecommoy et les paroisses voisines qui nous intéressent pour notre généalogie forment le Belinois, pays dans la mouvance du comte de Belin et d'Averton . L'unique héritiere du titre à cette periode est Renée d'Averton qui épouse en 1564 Jacques d'Humiere, marquis d'Ancre, seigneur de Picardie gouverneur de Peronne, dont la famille occupe depuis longtemps de hautes charges auprès des rois de France. Jacques d'Humiere fut l'un des fondateurs de la ligue catholique , constituée en 1576, afin de s'opposer au traité de Beaulieu qui donnait au prince de Condé, un des chefs protestants, le gouvernement de la Picardie.
Veuve en 1579, Renée épouse en secondes noces Jean François Faudoas de Serillac, noble de Guyenne qui reprend le titre de comte de Belin et d'Averton. De caractère impétueux il a tant impréssionné ses contemporains que des légendes ont été bâties sur son personnage. On dit de lui " si ce n'est le diable qui a commis ce méfait, c'est le comte de Belin". Monté sur un cheval démoniaque il terrorise les campagnes. Seul un miracle de la Vierge Marie le raméne à une conduite exemplairement chrétienne.
   Fameux ligueur pendant les guerres de religions, il est nommé par le duc de Mayenne, Charles de Lorraine de la famille des Guise,  commandant de l'armée de la ligue dans le Maine, chargé de la défense du Mans en 1585, et gouverneur du château.
   Il participe donc aux combats qui se déroulent dans le Maine avec ses  troupes qu'il léve et solde de ses propres deniers.
Il sera aussi gouverneur de Paris pendant le siége de 1589 à 1594, et empêchera la prise de la ville par Henri IV , en défendant la porte st Honoré. On lui prête l'invention de la fameuse citation " Paris vaut bien une messe", ainsi que la conversion du roi au catholicisme.
   Les paroisses du Bélinois ont donc certainement épousé à la suite de leur seigneur la cause catholique, même si quelques notables voisins , comme on le verra plus loin , se tournent vers la réforme.
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   Parti de Tours, le mouvement de la religion réformée progresse rapidement vers le Mans, malgré la politique de répression du roi Henri II. Dés 1559 Henri Salvert, puis Jean Merlin , originaire de la Rochelle, place forte dule mans 1777 protestantisme prêchent trois fois par semaine sous les halles du Mans et  rallient à la cause de la Réforme de nombreux bourgeois ainsi que  quelques membres de la noblesse du pays. Un consistoire est formé en 1560, organe judiciaire  formé de pasteurs et d'anciens chargé de contrôler les affaires morales, matrimoniales et religieuses.
   La communauté protestante est suffisamment puissante pour s'emparer de la ville le 3  avril 1562.

 Le refus du parlement de Paris d'enregistrer l'edit de tolérance ou paix de st Germain signé le 17 janvier 1562 autorisant la pratique ( limitée) du culte réformé afin d'apaiser les tensions entre les deux partis, le massacre de Wassy par les catholiques du duc de Guise au mois de mars font échouer la politique de conciliation voulut par la régente Catherine de Medicis.  Partout en France les huguenots prennent les armes .
   Au Mans la prise de la cité s'est faite sans coups férir avec l'appui des troupes de Bellesme et de Mamers. En l'absence du connétable, les chefs calvinistes s'emparent des clés de la ville et ferment les portes. Immédiatement des patrouilles se forment pour éviter tout désordre et crime.
   L'evêque Charles d'Angennes avait eu le temps de prendre la fuite en emportant une partie du trésor de la cathédrale, trésor qu'on ne retrouva jamais. Il se réfugie dans son château de Touvoye.
   Les nouveaux chefs de la cité envoient alors un député à la reine pour lui expliquer qu'ils n'avaient agi que pour se soumettre au roi contre les menées des Guises. Mais entre temps le parlement de Paris a déclaré les huguenots criminels de lèse-majesté, autorisant par là leur poursuite et mise à mort.
C'est à partir de ce moment que les évènements dégénèrent au Mans et dans sa région. Dans la ville même la foule s'en prit aux riches couvents des jacobins et des cordeliers qui furent pillés et brûlés . Le 7 mai la cathédrale saint Julien fut à son tour mise à sac, les images profanées, les tombeaux des comtes et des evêques brisés.
Sortant de la ville les pilleurs se répandirent dans les villages alentours, affrontant quelques paysans qui s'opposaient à eux.
   D'après les chroniqueurs de l'époque, les protestants firent alors regner la terreur, opprimant les catholiques,en represailles des ordres donnés par les Guises d'exterminer tout protestant dans les villes du Maine. L'un des chefs calvinistes le plus redouté était René de Rouvraye, sire de Bressault surnommé "ce diable de Bressault"qui terrorisa le Maine et l'Anjou de 1562 à 1572 date de son arrestation et excécution à Angers. S'en prenant essentiellement aux biens ecclésiastiques il pille à la tête d'une troupe de brigands les églises et les couvents. Il torture les religieux , et porte en baudrier leurs oreilles coupées.
En 1562 il prend part au pillage de la cathédrale st Julien du Mans avant de s'enfuir vers la Normandie lors de la reprise de la ville par les catholiques en juillet.

La venue de troupes  envoyées par le roi pour soumettre les rebelles du Mans, ajoutée à des rumeurs de trahisons de leurs chefs amenèrent les calvinistes à abandonner la ville le 11 juillet 1562. Sortant par la porte du pont d'Ysoard (Yssoir), ils allèrent bombarder Beaumont le vicomte, dont ils brûlèrent  l'eglise,les halles , plusieurs maisons, fondirent les cloches. Après quoi certains passèrent en Angleterre et d'autres rejoignirent l'armée de Montgommery.
   Les catholiques, de nouveau maîtres du Mans, entraînés par l'évêque en personne qui leva une troupe de 500 archers , entamèrent un longue pèriode de repression dans la ville et les campagnes.
Une chronique de la maison de Champagne de Pescheseul relate ainsi les évènement
( revue archéologique et historique du Maine tome 1)

« La ville du Mans estant reprise par Monseigneur le duc de Montpensier, prince du sang royal de France, sur les infidelles huguenots qui l'avaient en leur pouvoir et  tyrannie et y avaient commis d'exécrables crimes en massacrant les prestres, volant et profanant toutes les églises. De tant de meschancetés fut faict chastiment par toute la province sur les impies sacriléges, meurtriers dont mainctz furent prins par la compaignée des gardes de Monseigneur de Pescheseul par monsieur de Boisjourdan leur lieutenant et exécutés à mort par jugement du Prevost de mondit seigneur ou noyez dans la rivière de Sarthe. »

  Les rançonnements des suspects protestants permirent à plusieurs de s'enrichir rapidement . Les maisons furent pillées et les bourgeois huguenots poursuivis et souvent assassinés. Passant outre les lettres d'amnistie royale la chasse aux protestants est menée sans répit.  On ne compte plus les pendus dans la place des halles, aux ponts, devant le palais.

Un document officiel datant d'octobre 1562 , publié dans la revue archéologique et historique du Maine tome 6, nous permet de mieux appréhender l'état d'esprit qui règne alors dans la ville. Il s'agit d'un procès verbal dressé à la suite d'une enquête personnelle menée par André Guillart, sieur du Mortier et de l'Epichelière, demeurant près de Souligné sous Ballon à quelques kilomètres au nord du Mans. Membre du conseil privé du roi, il fut l'ambassadeur de la reine mère au mois d'avril pour négocier auprès des calvinistes la reddition  de la cité et du château. Soupçonné d'être proche des huguenots, on le  rendit responsable d'avoir encouragé le pillage et le saccage du Mans.
Après la prise de la cité par les catholiques en juillet, il est victime de nombreux vols et menaces de mort dont il se plaint en octobre auprès du lieutenant du gouvernement du Maine , lui demandant la protection des autorités en vertu de l'amnistie royale.

Ainsi le 21 octobre 1562, le curé de Souligné sous Ballon, accompagné de son vicaire, escortés par le palefrenier de l'Epichelière, et montés sur des chevaux appartenant au seigneur du Mortier , se rendent au Mans pour affaires ecclésiastiques. Ils se font arrêter à l'entrée de la ville par une douzaine de soldats armés d'arquebuses et de bâtons qui les obligent à descendre et les entraînent au logis du sieur de Champaigne pour y être interrogés sur les forces et les intentions du sire de l'Epichelière. On leur demande également où se trouvent les objets et trésors volés dans les églises du Mans par leur maître.

Alors arriva a eulx le sieur d'Argenson, lieutenant du gouverneur, qui leur fist plusieurs questions, entre aultres, « si le lieu de l'Espicheliere estoit fort, s'il y avoit bien des
forces, s'il estoit difficile a y entrer  aussi « comment il avoit souffert que en ses terres les ymages eussent esté rompuz ». A quoy luy fut respondu » qu'il n'avoit pas les forces pour l'empescher, qu'il en avoit aultant esté faict partout ». Et leur fut dict plusieurs aultres propos denotans malveillance a la maison du dict seigneur du Mortier. Et fist le dict sieur d'Argenson rendre leurs chevaulx, ou ilz eurent beaucoup affaire a les recouvrer, d'aultant qu'on les avoit ja menez loing.


Des gens d'arme s'étaient emparé des chevaux et les avaient promenés dans la ville invectivant la foule en ces termes :

« Par la mordieu voicy beautx chevaulx pour faire nos monstres. Sangdieu, ces trahistres aussi bien en feroient ilz aultant de nous s'ilz pouvoient et s'ilz estoient les plus fortz. Scait on pas bien que la maison de leur maistre est un receptacle de meschans qui ne font que guetter l'heure pour venir prendre ceste ville, comme il est certain qu'ilz sont leans plus de mille ou douze cens huguenotz, outre lesquels sont tous ceulx qui furent cause de faire premierement prendre la ville. Vertudieu, nous ne sommes pas hommes, si nous en endurons plus ».

Relaxés par Monsieur d'Argenson lieutenant du gouverneur du Mans qui leur rend leurs chevaux au grand mécontentement des soldats,  le curé et son vicaire sont de nouveau pris à parti par une troupe de gens armés qui les ramène devant le lieutenant qui les libère aussitôt .

"d'aultres soldats, entre les aultres, ung nommé FranczoisTaron, cellier, estant a
cheval, une pistolle a l'arczon de la celle, lequel parlant fort haultement dict: « Par le sang dieu, par la mort dieu, ceulx cy sont de l'Espicheliere, ilz ne vallent rien, ne leur maistre avec, et sont tous huguenotz. Il faut les mener au gouverneur, nous ne gardons l'heure qu'ilz ne nous viennent assaillir en ceste ville il n'y pend que nostre vie ».

Quant au palefrenier, il témoigne avoir entendu des menaces de morts à l'encontre du curé et de son vicaire, alors qu'il était resté à l'extérieur pendant leur interrogatoire. Le lendemain il est lui-même arrêté et conduit en prison devant des gens de justice, questionné sur les mêmes sujets, brutalisé et menacé avant d'être à son tour relaché.

On prend conscience par ce document de toutes les tensions, toutes les peurs qui habitent la population. Au côté des soldats se trouve la foule haineuse et terrorisée par une éventuelle attaque  des protestants .Le meneur François Taron par cette simple phrase résume le sentiment de chacun : nous ne gardons l'heure qu'ilz ne nous viennent assaillir en ceste ville il n'y pend que nostre vie ». Les gens se munissent de bâton et autres armes de fortune , prête à en découdre au moindre soupçon, même contre des hommes d'église qu'ils connaissent bien.

Dans les campagnes et autres villes se déroulent des scènes identiques, se terminant souvent par  des meurtres.

   Les religieux eux même se font les complices de crime, comme les moines de Saint Calais qui préviennent les troupes catholiques de la présence d'une bande de protestants menée par Levasseur sire de Coigners, qui leur avait demandé l'hospitalité pour la nuit . Ils s'y font egorgés et en reponse le sieur de Coigners fait pendre aux cloches le prieur et plusieurs moines ainsi que des domestiques.
   Les curés de village ne sont pas les derniers à prendre les armes. Suivis par leurs paroissiens ils tuent sans pitié, tel les curés d'Evaillé et de Rahay.
Plus proche de notre Belinois,à Chahaigne le sieur de Fontaine fut tirer de son lit, traîné dans un champ tué et jeté dans une marniére, sa femme enceinte de 7 mois subit le même sort. A Pruillé l'Eguillé le sieur de la Ripe, Charles de Breuil, lieutenant du prevôt de la province fut assassiné dans sa maison de la roche; A saint Georges de la Coué la dame de la Guinandiere , ses trois enfants agés de 11 à 18 ans et leurs domestiques sont égorgés et leurs corps donnés à mangers aux cochons.
   Castelneau historien contemporain dresse alors le tableau de l'état de la France partout où on eut lieu de tels agissements " l'agriculture y est délaissée, les villes et villages étant saccagés , pillés et brûlés s'en allaient en désert, et les pauvres laboureurs chassés de leur maison, spoliés de leurs meubles et bestial, pris à rançon et volés  aujourd'hui des uns et demain des autres de quelques religion ou faction qu'ils fussent, s'enfuyaient abandonnant tout, "
   La paix signée le 19 mai 1563, dit Edit de tolérance, était censée mettre fin à tous ces excès, en  amnistiant les protestants, les rétablissant dans leurs biens confisqués, et les autorisant à construire des lieux de cultes.
   Afin de ramener l'ordre dans la province le conseil du parlement de Paris envoie trois commissaires pour enquêter et rétablir chacun dans ses droits. Mais ces derniers, fervents catholiques, s'allient avec l'evêque et la noblesse  qui refusent  d'appliquer une nouvelle fois les édits royaux d'amnistie, entraînant ainsi une nouvelle révolte. Charles d'Angenne, evêque du Mans est à la tête d'une forte armée et organise avec la noblesse catholique, plus ou moins volontaire, la ligue du Maine. A la base les curés sont chargés dans chaque paroisse de dresser la liste des réformés avec leurs qualités, leurs richesses et leurs forces.
   En 1564 Joachim le Vasseur sire de Coigners (Cogners) et Philippe de la Curée, lieutenant du roi viennent chercher de l'aide auprès des commissaires pour lutter contre une bande de brigands , voleurs et assassins qui infeste le pays et qui a fait son  repaire à St Vincent de Lorouer et Courdemanche. Sous couvert de leur prêter main forte une troupe de 30 archers à cheval réunis aux hommes du sieur de la Poissonniere  tendent une embuscade et assassinent le sieur de la Curée.
   Les conflits durent ainsi jusqu'en 1585, sur fond de disette et d'epidémie, de paix courtes et non respectées, mais les documents manquent pour cette pèriode. Il semble que les massacres découlant de celui de la saint Barthélemy le 24/8/1572 qui se sont propagés dans presque toute la France épargnent le Maine. Certains estiment que les crimes déjà perpétuités contre la communauté protestante ont rendu inutile un nouveau massacre,d'autant plus que la plupart des huguenots avaient fui ou abjuré leur foi pour echapper à la repression , d'autres que le départ d'Angennes évêque du Mans, mandaté à Rome en 1569, a calmé les esprits.

   Lorsque Henri III succède à  Charles IX en 1574, François duc d'Alençon et d'Anjou jeune frère du roi se rallie au parti des Mécontents qui depuis la st Barthélemy rassemble des membres de la noblesse catholique  modérée. Ecartés du pouvoir, exilés ou sous surveillance ils  tentent de s'opposer à la politique  de Catherine de Medicis qu'ils jugent absolue et partiale.
Le jeune duc placé sous tutelle reussit à s'echapper en 1575, se réunit au roi de Navarre et 30 de ses seigneurs  dont le sire Beaumanoir de Lavardin compagnon d'enfance de Henri de Navarre , pilier de la réforme dans le Maine, dont le père  instigateur de la prise du Mans en 1562  fut assassiné lors de la St Barthelémy. François d'Alençon rallie une grande partie de la noblesse du Maine à sa cause.
Ils tentèrent immédiatement de reprendre le Mans mais échouèrent, l'armée rebelle et la royale ravageant les faubourgs de la ville.
  Le roi affaibli est obligé de négocier avec le parti de son frère et publie  en 1576 l'édit de Beaulieu , qu'on appelle aussi paix de Monsieur ( frère du roi) qui accorde de nouvelles libertés aux protestants, et leur accorde le gouvernement de  plusieurs villes.
Les guerres ont ruiné la France obligeant Henri III à réunir les états généraux à Blois en décembre 1576. Mais aucune solution financière n'est trouvée, malgré les discours du roi sur l'état déplorable du pays.
   Philippe Taron , sieur de Groye , député du tiers pour le Maine fait savoir " les desordres dus aux gens de guerre en garnison au Mans". Les députés majoritairement catholiques révoquent alors l'édit et force le roi à reconnaître les ligues qui se sont constituées dans toutes les provinces et qui se réunissent sous l'égide du duc de Guise. Rappelons que Jacques d'Humiére époux de la comtesse de Belin fut à l'origine de ce mouvement en formant la première ligue en Picardie.
   La ligue prenant de plus en plus d'influence, humiliant le roi, celui ci rechercha le soutien d' Henri de Navarre.
   Les conflits reprirent . On appelle cette guerre celle des trois Henri : Henri III , roi de France, chef des royalistes ou politiques; Henri de Navarre chef des protestants; Henri de Guise , chef des ligueurs.
   En 1585, la ligue du Maine réussit à s'emparer de la ville du Mans contre l'autorité royale qui sauvegarda cependant le château quelques temps sous le commandement de Philippe d'Angennes, sieur de Fargis, avant de le perdre en fevrier 1589.
   François D'averton comte de Belin est alors chargé de la défense de la ville par le duc de Mayenne, puis il sera nommé gouverneur à Paris en 1589.
   Après la journées des barricades à Paris le 12 mai 1588, fomentées par le duc de Guise et le conseil des Seize, instance politique de la sainte ligue, Henri III est obligé de fuir la capitale et de composer avec le parti ultra catholique. Un de ses fidèles Jean Louis de Nogaret duc d'Epernon, favorable à une paix avec les protestants, fortement opposé à la ligue, est obligé de quitter la cour.
    Une lettre anonyme publiée en 1588, écrite le 26 juin 1588 par un notable du Mans à un ami à Paris dénonce les crimes commis par de Jarzay, aux ordres du duc d'Epernon. Les pauvres gens viennent se plaindre des agissements des troupes, qui pendent, violent, pillent, rançonnent , et emportent comme trophés les oreilles de leurs victimes, se vantant d'aller faire subir le même sort aux habitants de Paris.
Au delà de ces crimes on sent dans cette lettre d'un partisan de la ligue, la crainte de voir les hérétiques s'emparé de la ville du Mans.
" nous eusmes la nuict passée une chaude alarme des huguenots, conduits par mr de Juny, se disans toutesfois de la compagnie du prince de conty, qui furent descouverts dans les fauxbourgs de ceste ville à onze heures du soir.et pour excuse firent semblant qu'ils venoient loger à l'Escu de Bretagne , comme passant. Pensez qu'il était belle heure, et d'y venir en telle troupe et en arme!"
   Devant l'incrédulité ( simulée?)de son correspondant , l'auteur reprend la plume le 18 juillet , rajoutant d'autres crimes commis depuis sa première missive, s'attardant sur le village de Beaufay, près de Bonnétable, où les troupes, après avoir violé même les fillettes de 10 ans, rançonné chaque femme, égorgé les habitants tant hors que dans l'église et dans le cimetière, pendent aux portes de l'eglise, profanent les objets des sacrements, les saintes images.
   Il se plaint ensuite du peu de volonté que les autorités judiciaires, donc le pouvoir royal, met à punir les criminels, dénonçant l'alliance du roi avec les protestants, chargeant par ailleurs le duc d'Epernon de se comporter en roi dans ce pays. De plus il précise que Jarzay, chef des troupes déclare être au service du roi et que tout ce qu'il a fait , le fut contre "des ligueurs rebelles et ennemis du Roy"
   Il termine en appelant à la vigilance armée des vrais catholiques afin de contrecarrer l'alliance de la couronne avec les protestants. L'auteur insiste également sur la nécessité d'éliminer le duc d'Epernon en l'éloignant de la cour et de tout pouvoir comme l'on déjà proposé "Messieurs de l'Union  ,..., qui est de lui oter toute domination, faveur et gouvernement"
   Quelle est la part de vérité et d'exagération dans cette relation des faits? Il est clair que c'est une lettre de propagande, s'appuyant certainement sur des faits réèls,  montrant "les suppôts de satan hérétiques" massacrant les pauvres innocents catholiques sans aucune autre raison que leur cruauté et leur irreligion, rêvant de faire subir le même sort à tous les bons catholiques de France.
   La publication de cette lettre a pour but d'effrayer les populations, et de faire tomber le principal soutien du roi  dans son alliance avec les protestants. On imagine sans mal les curés lisant cela aux prônes des messes dans de nombreuses paroisses. C'est un véritable appel à la rebellion armée contre l'autorité légitime de Henri III, déjà fortement affaiblie, face à la domination croissante et populaire du duc de Guise.
  Toutes ces manoeuvres politiques conduisent le roi à faire assassiner le duc de Guise chef de la Ligue en 1588 à Blois. Le frère de ce dernier, le duc de Mayenne, est déclaré alors lieutenant général du royaume et de la couronne de France, faisant fi de la légitimité de Henri III.
   Pour mieux combattre la sainte Ligue , le roi s'allie aux protestants et confirme Henri de Navarre comme successeur. Ils assiègent Paris, tenu par les Seize. Le premier aout 1589 Henri III est assassiné à Saint Cloud, et le roi de Navarre devient roi de France sous le nom d'Henri IV. Mais il doit faire face à la defection des troupes royalistes qui refusent de suivre un souverain  protestant , l'obligeant à lever le siège.
    Il rejoint Tours où siège le gouvernement, soumettant au passage Vendôme,  et s'apprête à reconquérir son royaume, place par place.Parti de Tours le 25 novembre 1589, il soumet Château du Loir, et le 27 arrive à Yvré l'evêque, après s'être arrêter à Ecommoy ( lettre en date du 27 novembre 1589 au camp de" Escoumois"). Le lendemain Henri IV loge à l'abbaye de la Couture du Mans et somme le gouverneur Bois-Dauphin de lui remettre les clefs de la ville . Ce dernier après avoir incendié les faubourgs , proclame qu'il préfère mourir que se rendre. Le roi fait bombarder les murailles le 2 décembre, et le gouverneur se rend immédiatement . Bois-Dauphin est alors la risée de tous, " qui après avoir fait brûler pour plus de cent mille écus de maisons, ruîné le pays alentours de six fois davantage,et fait dépenser au peuple plus de cinquante mille écus pour fortifier la ville , demanda à parlementer après la troisième volée de coup de canon..."
    La volonté affichée d'Henri IV de préserver le pays de tous pillages et autres exactions envers les catholiques lui permit de  rallier la plupart des villes du Maine . Seule la Ferté Bernard resta  aux mains des ligueurs.
Cependant la ligue bien que fortement diminuée profita de l'absence de l'armée royale, partie pour la  Normandie, pour se relever . Lansac tenta de reprendre le Mans en 1590, mais échoua et dut s'enfuir en Bretagne. Il revint  en avril 1590 à la tête d'une forte armée prêtée par le duc de Mercoeur, et composée de plusieurs nobles du Maine , qui se fit écraser devant Mayenne.
En 1594 le Comte de Belin gouverneur de Paris ouvre les portes à Henri IV qui a enfin pris la décision de se convertir au catholicisme pour mettre fin aux guerres de religion. Les dernières places fortes de la Ligue tombent les unes après les autres , soit par la force, soit par la négociation. L'édit de Nantes proclamé en 1598 met un point final à cette période de guerre civile.