accueil
les guerres de religion dans le mainechronique

PILLAGE DU MANS
les mésaventures du sieur Pierre Aubert


 urbain de laval
En juin 1589 alors que les partisans de la Ligue sous le gouvernement de Urbain deLaval Bois-Dauphin sont maîtres du Mans depuis la prise du château en fevrier de la même année, les huguenots tentent de reprendre la ville par surprise.
Menés par la Rochepot , gouverneur de l'Anjou , fidèle à la cause royale, et compagnon d'Henri IV, unequinzaine de gens d'arme tant à pied qu'à cheval selon les registres de l'hotel de ville espèrent s'emparer de la vieille porte, ouvrant sur le quartier St Benoit défendant l'accès sud de la ville. 
Ils ont juste le temps de poser un "petard " sur la barrière "du boullevert de la vieille porte"  avant que l'alarme ne soit donnée par les défenseurs. Obligés de battre en retraite ils pillent alors les faubourgs de
st Nicolas et de la Couture et en particulier le logis du sieur Pierre Aubert " grenetier au grenier et magazin à sel du Mans... sis près de la vieille porte". Plusieurs habitants ayant cru trouver refuge dans une maison du boullevert, dont le sieur Aubert sont fait prisonniers, emmenés à Angers et liberés en échange d'une rançon.
Le conseil de ville décida alors de murer la vieille porte et six mois plus tard alors que Henri IV s'avance à la tête de son armée pour prendre le Mans  « Le dict sieur de Boisdaulphin et la noblesse qui estoit en la ville mirent et  firent mettre le feu en tous les dicts fauxbourgs ( de la Couture et de Saint-Nicolas) » et « l'on fist tout aussitoust  des murs et retranchemens à la Vieille-Porte, » 
maison du mansComme on le verra par les témoignages lors de l'enquête de 1603 la maison de Pierre Aubert fut brûlée dans cet incendie. On constate également que retranchée derrière les murailles de la cité la noblesse catholique fait peu de cas du sort des gens des fauxbourgs qu'ils laissent sans défenses et sans refuge ayant fait murer la vieille porte.
Des maisons il ne reste plus que les murs, les charpentes et les intèrieurs sont totalement détruits. Nayant pu mettre leurs biens à l'abri des murs , les habitants  ont enfermé leur  possessions les plus précieuses dans des tonneaux et descendu leur meubles dans les caves.
Malheureusement en s'ecroulant les toitures ont effondré les planchers et le feu a tout ravagé.
En cherchant à localiser l'emplacement de la vieille porte pour localiser le théâtre des évènements , j'ai trouvé un article trés interessant sur l'aménagement de la place de l'éperon en 1693, dans la revue historique et archéologique du Maine tome 49.place de l'eperon 1692
On y apprend qu'en 1590, après la prise du Mans par Henri IV un retranchement de terre fut élevé afin de protéger la vieille porte et l'angle de l'enceinte du quartier St Benoît. Les maisons détruites par l'incendie  de 1589 ont été rebâties et apparaissent sur le plan levé de réaménagement de la place

Voici donc les récits des témoins qui relatent ces évènements.( revue historique et archéologique du Maine 1880)


1603, 13-15 Décembre Le Mans. 

ENQUÊTE SUR L'INCENDIE ET LE PILLAGE DE LA MAISON
DE PIERRE AUBERT EN 1589.

[Archives de Ia Sarthe. Archives municipales du Mans,
na 21. Original en papier.)

Enqueste et information faicte au Mans par maistre
Francoys Levayer, conseiller du roy, lieutenant-général en
la sénéchaussée et siège présidial du Mans pour la partye,
requeste et sur les faitz de maistre Pierre Aubert naguères
grenetier au grenier et magazin à sel du Mans et chambres
qui en deppendent, en exécution de notre ordonnance du
douziesme jour du présent mois et an, alors de certainne
requeste à nous presentée par le dict Aubert, contenant
sesd. faits, à laquelle enqueste et information faicte en pré-
sence de maistre Clovis Talluau, enquesteur et examinateur
pour le roy des dicts sièges présidiaux prins pour adjoinct à
nous vaqué comme s'ensuit .

Du treiziesme jour de décembre l'an mil six cens troys
Me Patry Bruneau, advocat au siège présidial du Mans et y
demeurant parroisse de Sainct-Benoist et aagé de cinquante
ans ou environ, temoing à nous produit, receu et faict jurer
de dire vérité pour la partye et sur les faictz de Me Pierre
Aubert naguères grenetier au grenier et magazin à sel du
Mans et chambres qui en deppendent, contenues en la
requeste par nous présentée le douziesme jour dudict
présent mois et an.

Deppose par son serment congnoitre le dit Aubert, ne luy
estre parent et dict avoir bonne et certaine souvenance que
l'an mil cinq cens quatre vingts neuf du temps de la Ligue
et que monseigneur le mareschal de Boysdaulphin estant
gouverneur en ceste ville du M.ans, y aiant garnison, le
sieur de La Rochepot vint es faubourgs du dict Mans accom-
paigné d'un grand nombre de gens de guerre estant à cheval
que de pied, pensant surprendre cette ville de nuict, mesmes
fut le pétard posé contre la première barrière du boullevert
de la Vieille-Porte où plusieurs personnes s'estoient retirées,
pensant se saulver en ville, ce qu'ils ne purent faire,
d'aultant qu'ils furent surprins desdicts gens de guerre et
furent la plupart emmenés prisonniers, mesme le dict
Aubert, et pensant prendre ses deux fils entrèrent en son
logis sis près ladicte Vieille-Porte, forçant la cinquiesme
maison et rompirent les portes à coup de soliveau pour y
entrer et estant là, cassèrent et brisèrent les portes et aultres
fermures, comme a semblable la porte de son estude,
pensant y trouver ses dicts enfans, et ne les trouvant,
juroient le nom de Dieu que le père qui estoit jà leur pri-
sonnier payroit pour tous; et voioit ce depposant, qui estoit
aussy caché chez luy en proximité de la maison dudict
Aubert, que lesdictz gens de guerre gestoient par les
fenestres de dessus la rue des boutailles, bouaistes, confic-
tures, sacs, pappiers, liasses et parchemins, et les deschi-
roient en telles fascons que cestoyt chose si misérable que
l'on pensoit dès lors que tout estoit perdu et à l'abandon,
tant esdictz fauxbourgs que ceste dicte ville, et que l'on
en faisoit autant chez le depposant où il estoit caché
comme dict est.

Dict oultre que lorsque bruict vint au Mans que le roy y
venoit pour l'assiéger, quy fut au moys de novembre au dict
an mil cinq cens quatre vingts neuf, chacun des habitans
desdicts faubourgs pourra retirer ce qu'il avoit en ville, et
qui leur fut impossible tant à raison de la surprinse que a
cause que la dicte Vieille-Porte et le Pont-Neuf furent mures
et retranchés, au moyen de quoy les dicts habitansdes dicts
faubourgs mirent et enfoncèrent leurs plus précieux meubles
et pappiers dedans des tonneaulx qu'ils enterrèrent en
leurs caves, mesmes ledict Aubert et depposant, à quoy ilz
furent fort misérablement trompés, d'autant que dès le
lendemain le dict sieur de Boisdaulphin et la noblesse qui
estoit en la ville mirent et firent mettre le feu en tous les
dicts fauxbourgs, et ainsi leurs maisons incendiées et brûlées,
et lors les caves furent remplies de terrasses, solliveaux et
planches qui enfoncèrent tous les dicts tonneaux, coffres,
bahuts, où estoient les dicts meubles et pappiers.
Scait au certain que le dict Aubert fut affligé de tout ce
que dessus pour en avoir bonne cognoissance et que plusieurs
lors et depuys il a veu plaindre icelluy Aubert en diverses
compaignies qu'il avoit perdu ses plus précieux meubles et
pappiers, mesmes ceulx de la gabelle, mays qu'il portoit
encores plus d'ennuy de ses dicts pappiers que non pas des
dicts meubles, encores que ce fussent les meilleurs, et est
ce qu'il dict scavoir des dicts faictz sur eulx par nous
deuement enquis et examiné. Et lecture à lui faicte de sa
depposition y a persisté. Signé BRUNEAU. (En marge du
manuscrit ) Taxé à ce tesmoin quinze solz.

Me Jehan de Vauguyon, notaire royal demeurant en la
parroisse de la Coulture, forbourg du Mans, aagé de
quarante-six ans ou environ, aultre tesmoing à nous pro-
duict, receu et faict jurer de dire et depposer vérité pour la
partye et requeste dudict Aubert sur les mesmes faicts que
le precedent tesmoing.

Deppose par son serment bien cognoistre le dict Aubert à
suffire, et ne luy estre parent et dict avoir bonne cognoissance
que au temps que monsieur le mareschal de Boysdaulphin
estoit gouverneur de ceste dicte ville du Mans, y aiant lors
garnison pour le party de la Ligue, le sieur de La Rochepot
partit de la ville d'Angers assisté d'un grand nombre de
gens de guerre et estant es forbourgs dudict Mans, pensant
de nuict surprendre la ville du Mans que le pétard fut aposé
et faict jouer à la barrière du boullevert de la Vieille-Porte
où s'estoient retirez grand nombre des habitans desd. fors-
bourgs qui furent pris prisonniers et menez en la dicte ville
d'Angers et mesmes le dict Aubert, duquel les portes de sa
maison qui est située près ledict boullevert, faisant la
cinquiesme furent rompues et brisées et ses meubles pris,
emportez et ravaigez par les dits gens de guerre, et ses sacs
et pappiers gectez au vent. Mesmes après que les d. gens
de guerre s'en furent allez, l'on voioit encores desd. pappiers
et parchemyns espars et séparés en la rue devant ladicte
maison, et estoyt le bruit congnu et notoire que le dict
Aubert avoyt beaucoup perdu, mesmes ses dicts pappiers
et ses plus précieulz meubles. Et de faict dict se depposant
que c'est chose très-certaine et vraye que le dict Aubert fut
des plus mal traictés du dict forbourg, et l'en a beaucoup de
foyz veu plaindre, mesmes que le dict Aubert en tomba ma-
lade d'ennuy et facherye, et furent tellement surprins que
les dicts habitans n'en sceurent rien que à l'heure que la
dicte chose arriva, et n'eurent seullement le moyen, ne le
loisir de gaigner la ville.

Dict oultre sur ce enquis que ung jour un peu devant que
le roy vint assiéger ceste dicte ville quy fut vers la fin du
moys de novembre l'an mil Ve 1111xx neuf, que les gens de
guerre qui estoient dedans ladicte ville mirent le feu en tous
les dicts faubourgs du Mans et perdirent les habitans sem-
blablement tous leurs biens meubles par ce qu'ilz ne les
purent pareillement retirer en ville, d'aultant que l'on fist
tout aussitoust des murs et retranchemens à la "Vieille-
Porte, tellement que tout fut incendié et brullé mesmes la
maison dudict Aubert, et ne resta que les pierres de son
logis. Mays quant à la couverture, charpenterye, planches,
soullives et solliveaux et tout ce qui estoit dedans la dicte
maison, il n'en resta que la cendre et les murailles comme
dict est, et que c'est chose connue et notoire partout, et a
plusieurs foys veu plaindre le dict Aubert lors et depuis
qu'il avoit perdu la plus grande partye de ses pappiers,
mesmes ceulz de la gabelle et tous ses meilleurs meubles.
Et est ce qu'il deppose desditctz faicts sur iceult par nous
deuement enquis et examiné. Et lecture à luy faicte de sa
depposition y a persisté. Signé DE Vauguyon. (En marge)
Taxé à ceste fin dix solz.


Me Jehan Cesneau aultrefoys enquesteur du roy en ce
pais du Maine, demeurant en la paroisse de Saint-Nicolas
forsbourg du Mans aagé de quatre-vmgts ans ou environ,
examiné et enquis sur mesmes faicts que les tesmoings
precedents deppose par son serment bien congnoistre le dict
Aubert tant de veue que de fréquentation et n'estre son
parent et avoir congneu que vers la fin de novembre mil
Ve IIIIxx neuf lorsque le roy entra en la ville du Mans ung
ou deux jours auparavant son armée, les gens d'armes qui
lors teinrent par force ladicte ville pour le party de la Ligue,
soubz la charge du sieur mareschal du Boysdaulphin, brus-
lèrent la plupart des maison» des forbourgs d'icelle et entre
aultres la maison du dict Aubert, qui estoyt de grande
valleur, et a, ce depposant, ouy dire audict Aubert et a
plusieurs aultres, et tenir pour congnu et notoire que en la
dicte maison dudict Aubert furent pareillement brullez grand
nombre de ses pappiers et meubles, et en a depuys ouy
plaindre le dict Aubert par plusieurs foys et en divers
endroitz. Dict aussy qu'il est tout congneu et notoire en
ceste dicte ville que lorsque le dict sieur de La Rochepot se
myst en debvoir de surprendre par force d'armes la dicte
ville du Mans, avec ses troppes, gens d'armes et souldarts,
qu'ilz pillèrent les habitans dudict forsbourg de la coulture
et de Saint-Nicolas et qu'ilz emmenèrent plusieurs des
habitans dudict forsbourg comme prisonniers, mesmes le
dict Aubert desquels ilz prindèrent ranczon et leurs firent
grand oultraiges. Mays ce depposant ne peut parler que par
ouy dire et est ce qu'il deppose Auquel tesmoing avons fait
lecture de sa dicte deppostion qu'il a dict estre véritable.
Signé: Cesneau. ( en marge) Taxé à ce tesmoin quinze solz.
Mc Hubert de Launay, advocat au siège présidialde ceste
ville du Mans et aagé de cinquante et cinq ans on environ
aultre tesmoing a nous produict, receu et fait jurer de dire
et depposer vérité, pour la partye et requeste dudict Aubert,
ouy, enquis et examiné sur les mesmes faictz que les
précédents tesrnoings,

Deppose par son serment bien congnoistre le dict Aubert,
tant de veue que de frequentation, parcequilz sont prouches
voisins il y a longtemps et ne luy est parent, ne allié
Et dict que en l'an mil cinq cens quatre "vingt neuf, le
dict Aubert fut pris prisonnier pour les gens de guerre du
sieur de La Rochepot lorsquilz vinrent ès forsbourgs de ceste
d. ville, que les portes de sa maison furent rompues et
plusieurs de ses pappiers pris et jetez en la rue, desquelz
pappiers le dict Aubert se plaignoit fort après estre retourné
d'Angers où il avojt esté mené prisonnier, mesmes et la
déperdition de ses brevetz. Dict aussi que c'est chose
certaine, connue et notoire que la maison dudict Aubert fut
bruslée au temps que le feu avoyt esté mys ès forsbourgs de
ceste ville qui fut sur la fin du moys de novembre aud. an
mil cinq cens quatre vingts neuf. Mays ne scait le dict
depposant si le dict Aubert avoyt perdu par le dict brusle-
ment aultres pappiers et meubles, parceque quelque temps
le dict bruslement, icelluy depposant s'estoit retiré desdicts
forrbourgs de la Coulture où estoit sa demeure et la maison
du dict Aubert, et néantmoins l'en a toujours ouy plaindre.
Dict le depposant que le feu fut aussi mys en sa maison
prouche celle dudict Aubert, ny ayant que deux maisons
entre deux qui furent semblablcmcnt incendiées et bruslées,
et, du depuys ilz ont faict rebastir leurs dictes maisons et y
font leur demeure et est ce quil deppose. Et a dict scavoir
et congnoitre desdictz faictz sur chascun diceulx, par nous
deuement enquis et examiné, auquel avons faict lecture de
sa depposition qu'il a dict contenir vérité, et signé De
Launay. (Eu marge) Taxé à ce tesmoin quinze solz.
M° Jehan Girard, advocat au siège présidial du Mans,
demeurant en la dicte parroisse de la Coulture, aagé de
quarante troys ans ou environ, aultre tesmoing à nous
produict, receu et faict jurer de dire et depposer vérité pour
la partye dudict Aubeit. Ouy, enquis, et examiné "sur les
mesmes faictz que les precedents tesmoings à nous baillez
de sa part pour ce faire.

Deppose par son serment qu'il congnoist ledict Aubert et
ne luy estre parent ne allié et dict estre chose très certaine
que lorsque le sieur de La Rochepot vint ès forbbourgs de
ceste ille du Mans qu'il pensoit surprendre qui fut en l'an
mil cinq cens quatre vingt neuf, le dict Aubert fut pris et
mené prisonnier en la ville d'Angers et sa maison pillée et
ravaigée et les portes rompues et brisées et qu'il en appa-
roissoit lorsque les gens de guerre dudict sieur de La
Rochepot se furent retirez dudict forsbourg; et mesmes qu'il
vist ung soldart mort dedans la court dudict Aubert, parce
qu'il alla veoir ce qui pouvoit aussi avoir esté faict en la
maison de deffunct son beau-père, qui estoyt aussi située
au mesmes forsbourg, qui estoyt celle du dict Aubert. Et
depuys veit le dict Aubert estant de retour qui se plaigneoit
de la déperdition de ses pappiers et meubles. Plus dict
bien scavoir que la maison dudict Aubert tut incendiée et
bruslée par les gens de guerre qui estoient en ceste ville
pour le party de la Ligue, lorsque le roy la vint assiéger,
qui fust sur la fin du moys de novembre mil cinq cens quatre
vingts neuf, et que la plupart de tous les dicts forsbourgs
furent bruslez mesmes veit ce depposant, qui alloit vers
celle de sond. deffunct beau-père, que le feu estoit en celle
dudict Aubert, lequel lors et depuys l'a veu plaindre de sa
grande perte qu'il avoit faicte de ses meubles et pappiers.
Et est ce qu'il dict scavoir des dictz faictz sur iceulz par
nous deuement enquis et exarminé. Et lecture à luy f.aicte
de sa depposition y a persisté et a signé Girard. (en
marge ) Taxé à ce tesmoin quinze sols.

du lundy quinziesme jour du moys de décembre l'an mil
six cens trois audict Mans.

Me Ambrais Tiger, clerc juré au greffe de la seneschaussêe
du Maine, demeurant ès forsbourgs de Sainct-Nicollas de
ceste ville, aagé de cinquante ans ou environ, aultre
tesmoing à nous produict, reccu et faict jurer de dire vérité
pour la partye et requeste dudict Aubert. Ouy, enquis et
examiné sur les dictz mesmes faitz que les precedans
tesmoins sur lesquels il a semblablement esté charge.
Deppose par son serment congnoistre dès ses jeunes ans
et depuys le dict Aubert, et n'estre son parent, et avoir
demeuré en vis a vite d'icelluy Aubert, ès forsbourg de la
Coulture de ceste ville, et y estre demeurant en l'année mil
cinq cens quatre vingt neuf que ceste ville estoyt détenue et
occupée par ceulz du party contraire au roy, en laquelle
année au temps d'esté les dicts forsbourgs furent pris de
force et de nuict par ceux du party du roy, conduict ainsy
que l'on disoit par le sieur de La Rochepot, gouverneur
pour Sa Majesté en la ville d'Angers, lesquelz faisoient
ouvertures des portes et barrières à coups de pétart et
pillèrent les maisons des dicts forsbourgs. Et est mémoratif
que après que ilz se furent retirez, il veid la porte dudict
Aubert rompue et brisée, et ouyt depuys plaindre ledict
Aubert qu'il avoit perdu la pluspart de ses pappiers et
brevetz, mesmes ceulz qui concernoient son office de
grenetier.

Est aussi memoratif que le dict Aubert avec aussi le dict
depposant et grand nombre des habitans desdietz forsbourgs
se cuydant saulver de la fureur desdictz gens de guerre se
retirèrent dedans le boullevert de la Vieille-Porte de ceste
d. ville, où lesdictz gens de guerre entrèrent, ayant posé le
pétart contre la porte dudict boullevert. Ce que voyant iceulx
Aubert, depposant et aultres se retirèrent en une petite
maison dudict boullevert, en laquelle entrèrent aulcuns des
dicts gens de guerre qui prirent et emmenèrent prisonniers
le dict Aubert. Et se seaulva le dict depposant dedans ung
het en la faveur de la nuict. Aussy dict que lorsque le roy
vint assiéger ceste d. ville en la mesme année, à la fin du
moys de novembre, le feu fut mys par les gens de guerre
qui estoient en garnison en la dicte ville pour le party de la
Ligue en plusieurs maisons desdicts forsbourgs et parti-
cullièrement en celle dudict Aubert et depposant lesquelz
furent incendiées et bruslées avec ce qui estoit en icelles.
Et est ce qu'il deppose et a dict scavoir et congnoistre des
dictz faictz sur chascun d'iceulz par nous deuement enquis
et examiné, auquel avons releu sa présente depposition qu'il
a dict contenir vérité, et a persisté et signé. Signé Tiger.
(En marge) N'a voulu taxe.

Et au bas de la dicte information sont signez F. LE Vayer
et TALLUAU. J. AUBERT pour coppie. (En marge} Pour
le juge quatre livres dix sols. Enquesteur, soixante solz.
Grosse, soixante sols.